Les membres du jury de Marlowe

(12 juin 2003)

 

 

Bernard Conein

 

Aujourd’hui professeur à l’Université de Lille, Bernard Conein fut un des premiers introducteurs en France des travaux nord-américains dans lesquels les nouvelles sociologies ont puisé une part importante de leurs ressources intellectuelles : interactionnisme, ethnométhodologie, analyse de conversation, cognition sociale, ergonomie cognitive, philosophie de l’action, toutes ces approches ont fait l’objet d’un intense travail de traduction, d’évaluation et d’application, auquel Bernard Conein a contribué tout au long des années 1980 et 1990. On ne peut citer les nombreux articles qu’il a publiés. Pour ce qui concerne les travaux informatiques présentés ici, on lui doit surtout la mise en évidence précoce des arguments critiques vis-à-vis de l’intelligence artificielle classique, avec, en particulier, les travaux sur la “ cognition distribuée ” développés sur la côte ouest des Etats-Unis, autour d’auteurs comme D. Norman ou E. Hutchins. Plus récemment, Bernard Conein s’est intéressé aux formes de communautés liées à Internet. En tant que spécialiste des “ artefacts cognitifs ” et de leur insertion dans les contextes d’action, où ils modifient les conditions pratiques de la saisie des informations, son nom s’imposait pour la discussion autour de notre “ apprenti sociologue électronique ”. Bernard Conein a dialogué avec Marlowe sur le corpus des programmes du premier tour de l’élection présidentielle 2002. Bernard Conein n’a pas souhaité faire de commentaire sur le déroulement de la performance.

e-mail : conein@ext.jussieu.fr

 

 

Nicolas Dodier

 

Directeur de recherche à l’INSERM, et directeur d’études à l’EHESS, Nicolas Dodier est un de ceux qui ont le plus contribué au renouvellement des problématiques de la sociologie contemporaine. Ses deux ouvrages, L’expertise médicale (Paris, Métailié, 1993) et Les Hommes et les machines (Paris, Métailié, 1995), associent étroitement la description des contraintes pratiques des acteurs en situation de travail et la réflexion théorique sur les modèles d’action et de jugement. Son dernier ouvrage, Médecine, science et capitalisme – Leçons politiques de l’épidémie de sida, en cours de publication, s’intéresse aux formes de mobilisation suscitées par la lutte, indissociablement médicale et politique, contre l’épidémie de sida, dont il retrace les différentes épreuves depuis le début des années 1980. Nicolas Dodier a toujours accordé une place essentielle aux techniques d’analyse et aux problèmes épistémologiques des nouvelles sciences sociales, ayant été le premier à expérimenter l’utilisation des cartes de liens pour décrire l’évolution des espaces de mobilisation, et à poser la question du rapport à l’histoire. Il a suivi dès le début, avec une juste distance critique, les travaux menés autour de Prospéro et de Marlowe, et à ce titre, sa présence est apparue indispensable dans le jury de cette performance. Nicolas Dodier est tombé sur le dossier de l’amiante. De cette rencontre avec Marlowe, Nicolas Dodier a surtout retenu la tension, parfois assez vive, entre dialogue en langage naturel et requêtes formalisées ou supposant un accord stabilisé entre l’utilisateur et le système.

e-mail : dodier@vjf.cnrs.fr

 

 

Alain François

 

Enseignant à l’ERG (Ecole de Recherche Graphique) de Bruxelles, Alain François consacre l’essentiel de ses recherches à la tradition philosophique qui mène de Henri Bergson à Gilles Deleuze, en passant par Maurice Merleau-Ponty ou Gilbert Simondon. A travers de nombreux articles, il étudie les relations entre les théories de la perception et les constructions esthétiques et politiques développées par ses différents auteurs. On lui doit aussi de multiples réflexions sur la place accordée aux “ machines ” par Deleuze et Guattari, en particulier dans Mille plateaux (Paris, Minuit, 1980). L’avènement d’un “ monde en réseau ”, qui a fait passer la forme “ réseau ” de l’état d’appui critique à celui de nouvelle norme dominante, porte à s’interroger sur les dispositifs discursifs engendrés par les “ nouvelles technologies ”. Alain François pose ainsi la question des outils critiques dont nous avons besoin pour résister aux nouveaux jeux de “ pouvoir-savoir ” qui émergent de ce “ monde connexionniste ”, présenté comme un monde de communication idéal. Les innombrables discussions que nous avons eues sur le statut de la “ résistance ” dans les sciences humaines, ont fait de lui un interlocuteur permanent autant qu’un témoin exigeant. Alain François a interrogé Marlowe sur le dossier du crash du Concorde. Alain François pense que ce dispositif peut avoir de larges applications dans des rencontres entre chercheurs et citoyens autour de causes ou de dossiers déterminés.

e-mail : alainfrancois84@hotmail.com

 

 

Pascale Garnier

 

Maître de conférences à l’IUFM de Créteil, Pascale Garnier est surtout connue pour ses travaux sur les formes de jugement et les dispositifs d’évaluation des enfants. Son premier ouvrage, Ce dont les enfants sont capables (Paris, Métailié, 1995), retrace l’évolution de ces dispositifs depuis le XVIIIème siècle. Un des grands intérêts de sa démarche réside dans les déplacements qu’elle opère vis-à-vis de la sociologie de l’éducation, en traitant la question de l’apprentissage, et des processus de normalisation qui l’accompagnent, à partir d’objets ou d’activités négligés ou laissés aux marges des problématiques dominantes en matière d’éducation. Développant une véritable pragmatique de l’incorporation, qui étudie précisément les moments d’explicitation des ressorts de l’apprentissage, c’est-à-dire de ce que l’on peut exiger de sujets en devenir soumis à des normes édictées par les adultes, Pascale Garnier peut nous aider à interroger le statut de cet “ esprit pur ” que compose Marlowe, coupé de toute attache avec le monde sensible, et pourtant capable d’apprendre à partir de séries d’expériences proprement symboliques. De loin la plus éloignée de nos travaux informatiques, Pascale Garnier est en mesure de faire apparaître les limites d’un transfert de compétences sociologiques vers un “ organe sans corps ”, n’ayant aucune forme de compréhension de ce qui se joue dans le monde physique évoqué par les textes qu’il manipule. Pascale Garnier a dialogué sur le dossier du dopage. Pascale Garnier s’est surtout interrogé sur l’apport de ce dispositif vis-à-vis des problématiques, maintenant bien routinisées, de la sociologie pragmatique : qu’est-ce qu’une épreuve, qu’est-ce qui donne prise à la critique, qu’est-ce qui produit une prolifération des jugements et comment parvient-on à clore ou à identifier l’impossible clôture du dossier, etc.

e-mail : pascale-garnier@wanadoo.fr

 

 

Bernard Reber

 

Chargé de recherche au CNRS, membre du CERSES (Centre de Recherche Sens, Ethique et Société), Bernard Reber travaille aux points de jonction, et de tension, entre les philosophies de l’éthique et les philosophies de la technique. En s’intéressant à la fois aux sciences du vivant et aux technologies de l’information et de la communication (TIC), il cherche à saisir les points de rupture et les formes de délibération développées par les collectifs humains. Il examine la manière dont les problématiques philosophiques qui émergent des usages des techniques, et des controverses qui les traversent, contribuent à redéfinir, tout en y cherchant des appuis éthiques et cognitifs, les préoccupations de la philosophie classique. La création d’un dispositif réflexif, capable de jouer occasionnellement au “ philosophe ”, tout en portant des concepts analytiques dédiés à l’analyse des controverses, ne pouvait qu’aiguiser sa curiosité. Bernard Reber a donc volontiers endossé les habits de l’examinateur impartial afin de clarifier le type d’expérience de pensée engagée avec Marlowe et d’identifier les différentes frontières éthiques et morales en jeu dans le développement de ce dispositif. Bernard Reber a tiré quant à lui l’affaire Sokal. Bernard Reber est lui beaucoup plus intéressé par les relations possibles entre Prospéro, Marlowe et les STIC : selon lui, ces dispositifs issus du cœur de la sociologie, peuvent servir de contrepoint aux tendances technicistes qui dominent l’univers des STIC mais peuvent également ouvrir des passages et de nouveaux champs de développement plus symétriques entre sciences sociales et informaticiens..

e-mail : reber@iresco.fr