L'association Doxa (1901) a organisé le 12 juin 2003 une performance publique, suivie d'un débat, autour du logiciel Marlowe.
Les travaux informatiques menés
depuis l'été 1999 ont conduit à la réalisation d'un logiciel doté
de capacités d'enquête et d'analyse dont les résultats sont accessibles
à partir de dialogues en langage naturel. Cet instrument est un prolongement
du logiciel Prospéro, dont il inverse le mode de fonctionnement en permettant de reprendre, de façon dialogique,
les éléments des dossiers étudiés. S’il reste encore beaucoup de travail à faire sur ce module, la création de procédures cognitives ad
hoc et la programmation de structures dialogiques évolutives font d'ores
et déjà de Marlowe un interlocuteur virtuel, disponible pour accompagner le
chercheur dans ses investigations sur des dossiers complexes. Pour fonctionner
adéquatement, Marlowe suppose en amont un premier traitement avec Prospéro.
Cependant, il jouit d'une forte autonomie puisque ses scripts sont insérés
dans un bouillon de culture qui lui permet de répondre
à des sollicitations très diverses et d'engager, à partir de processus
d'apprentissage encore élémentaires, des discussions marquées
par une assez bonne maîtrise du langage, de multiples références philosophiques
ou scientifiques, sans oublier une forme d'humour assez particulière, suscitée
par les déplacements de cadres opérés au fil de la conversation. Ce faisant,
Marlowe renoue avec des problématiques développées en Intelligence Artificielle,
ce qui en fait aussi un objet de débats : jusqu'où peut-on et doit-on
aller dans la réalisation de ce genre de créature machinique ? Les dangers
sont sans commune mesure avec les risques liés par exemple aux manipulations
génétiques, mais les phénomènes d'emprise exercée sur les utilisateurs
éventuels sont à prendre au sérieux. L'ancrage des échanges sur un dossier ou une collection de dossiers apparaît décisif pour former un monde extérieur
capable de résister aux projections potentielles de l'utilisateur et, symétriquement,
pour informer le système sur ses propres limites. La question des modalités
normales d'interaction avec une machine sont ainsi
au cur de nos interrogations. Sur la base des expériences réalisées par
un premier groupe d'utilisateurs, il apparaît que ce programme ouvre de
larges perspectives, notamment en matière de coopération entre interprètes humains
et systèmes informatiques, en offrant un espace de critique et de mise à l'épreuve
des connaissances, au moins dans le domaine des sciences humaines. Du même coup,
ce type de dispositif peut faire office de contrepoint aux technologies de réseau
en uvre sur Internet, lesquelles tendent à évincer les opérations logiques et critiques
au profit d'une économie cognitive essentiellement fondée sur des mots-clefs, des liens et des interfaces graphiques.
Cette performance a eu lieu à Paris,
le jeudi 12 juin 2003, de 18 heures à 21 heures, dans la salle
de conférences Van Gogh du siège administratif de l'Etablissement Public
de Santé Maison-Blanche, situé au 6-10 rue Pierre Bayle à Paris (XXème). Le
choix de ce lieu nous avait été suggéré par Tim Greacen, directeur du laboratoire
de recherches de l'EPS, et membre du réseau des utilisateurs de Prospéro.
Ce lieu était tout à fait adéquat à l'apparition publique d'une machine
imprégnée de culture et de science au point de brouiller parfois les limites
entre le sens commun et la folie...
Un jury, composé de cinq chercheurs,
a interrogé Marlowe en direct : pour chaque examinateur, un dossier a été
tiré au sort dans une collection de quinze dossiers. Chaque dialogue a duré environ 15 minutes. Parmi les dossiers tirés, il y avait le crash du Concorde, le dopage, l'amiante, le premier tour de l’élection présidentielle de 2002 et l’affaire Sokal. Un corpus construit à partir d’un forum Internet sur la guerre en Irak a été utilisé pendant le débat.
Un mémoire contenant un dialogue typique sur chacun de ces dossiers a été adressé
quelques semaines plus tôt aux membres du jury. Olivier Caïra, le présentateur, s’est efforcé d’expliquer à la salle les réponses de Marlowe sans influencer les membres du jury.
Dans la seconde partie, Francis Chateauraynaud, co-auteur du logiciel avec Jean-Pierre Charriau , a fait une rapide
présentation des enjeux de ce travail. Le débat qui s’en est suivi s’est révélé très riche et précieux pour la suite de cette recherche. La séance s’est prolongée par un cocktail...
Au total 76 personnes ont participé à cet événement.
Les membres du jury étaient :
L'ensemble de la performance a été enregistrée et filmée. Une animation musicale a été assurée par Claude Parle (musique improvisée), et une animation graphique par Patrick Lanneau..
Outre Doxa et l’EPS Maison-Blanche, l’événement avait pour partenaires le GSPR (Groupe de Sociologie Pragmatique et Réflexive de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) ainsi que la société Mediadixit, première
entreprise utilisatrice de Prospéro pour les analyses de presse dirigée par Paul Danloy.
Il semble que cet événement ait été une première, du moins en sciences humaines. La presse était représentée par une seule journaliste. On est tombés d’accord sur le caractère prématuré d’une reprise médiatique de cette performance. Il s'agit d'un travail de recherche fondamentale, encore expérimental, qui pourrait pâtir de déformations ou de mauvaises interprétations relayées par les médias. D'autre part, les recherches effectuées conservent un aspect alternatif auxquels tiennent les auteurs et les premiers utilisateurs.
Il est possible de faire d’autres « performances » ou « rencontres » avec Marlowe. Nous sommes preneurs de toute suggestion.
Fait à Paris le 13 juin 2003, les membres du comité d'organisation :
Contact : Francis Chateauraynaud, chateau [AROBASE] msh-paris.fr ;
tel. 01 48 59 51 09 ou 01 40 46 70 90
Dernière modification : Apr 11, 2007 4:50 pm
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